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Sommaire et Editorial du numéro 2017-2 de Psychologie & Education

lundi 18 septembre 2017


Chers adhérent-e-s,

Voici la présentation du deuxième opus de Psychologie & Education pour l’année 2017.
Il se compose de six articles et d’un libre-propos présentés ci-dessous. Vous y trouverez aussi le discours de Laurent Chazelas, président de l’AFPEN au Palais du Luxembourg le 24 mars dernier à l’occasion de la célébration de la création du nouveau corps des psychologues de l’Éducation nationale.

Nous attendons vos propositions d’article : partagez votre réflexion et votre pratique à l’école…
Sollicitez des auteurs autour de vous, la revue a besoin d’être alimentée !

Vous pouvez aussi vous procurer ce numéro ou d’autres à la demande (commande-publicationsafpen@afpen.fr).

Psychologie & Education 2017-2, juin 2017.
Éduquer, prendre soin et transmettre

Sommaire

Discours de Laurent CHAZELAS, président de l’AFPEN au Palais du Luxembourg
Editorial

Jean Claude GUILLEMARD et Mélaine DESCAMPS - Les psychologues scolaires, acteurs du Cadre d’Action Éducation 2030

Roselyne TINEVEZ - Le malaise dans les pratiques éducatives

Gaby KEISER-WEBER - L‘école face au(x) diagnostic(s) de l’enfant : de la préconisation de soin au prendre soin

Herman DE VRIES - La formulation des cas cliniques en Thérapie Comportementale et Cognitive

Marie-Rachel SUDAN - L’intervention de pairs médiateurs dans la diminution de la violence

Anne-Marie BRUNO SABER - Réduire les inégalités linguistiques à l’école maternelle

Livres et revues

Editorial

La question de l’éducation aurait été peu abordée au cours de la campagne présidentielle qui vient de s’achever dans notre pays. Elle est pourtant d’un intérêt majeur tant sur un plan de la formation du citoyen que pour ses enjeux économiques, humains. Comprendre ses obstacles et les moyens d’y remédier doit continuer de relever d’approches multiples, ce dont témoigne ce numéro.

Il s’ouvre sur une intervention de collègues représentants de l’ISPA à l’UNESCO autour des objectifs définis jusqu’en 2030 dans le cadre d’Action Education. Ce dispositif concerne la mise en œuvre du droit à l’éducation sur un plan mondial. Jean Claude Guillemard et Mélaine Descamps présentent ce cadre en y soulignant le rôle des psychologues scolaires. La Déclaration des droits de l’Homme, la Convention internationale des droits de l’enfant définissent les objectifs en termes d’éducation pour tous les enfants. Les dimensions de la personnalité, des capacités physiques et mentales, les potentialités y sont abordées. L’Education se doit d’être inclusive, équitable et de qualité, concerner tous les âges. Elle concerne « des attitudes, des valeurs, et des compétences en même temps que des connaissances ». Les psychologues y ont donc un rôle majeur à jouer, rappelant par exemple que « l’enfant est une personne », aidant les enseignants à mieux comprendre leurs élèves, aidant ces derniers à surmonter leurs difficultés d’apprentissage, à renforcer leur estime de soi, collaborant avec toute la communauté éducative et les autres professionnels accompagnant l’enfant.

Eduquer concerne donc aussi le « sujet-enfant-élève », convoque à la fois le registre inconscient, celui du familial et suppose d’accepter d’être enseigné. Accepter la séparation, accepter la frustration, le tout organisé par le langage, l’ « inter-dit » n’est pas si simple. C’est ce qu’aborde Roselyne Tynevez, psychologue clinicienne, ancienne psychologue de l’Education nationale et ancienne membre du comité de lecture. Elle partage avec nous ici une intervention proposée autour des enjeux psychiques des pratiques éducatives. La transmission intergénérationnelle peut être entravée par une prévalence actuelle de nos sociétés post-modernes à l’hyperconsommation, à ne pas suffisamment « initier à frustrer », différer. En découle ce que Serge Boimare appelle la peur d’apprendre. La sublimation est en panne, le corps prend le relais (agitation, passages à l’actes), le rapport au temps se brouille, la dévalorisation et le sentiment de persécution peuvent s’installer.

Un autre des travers de nos sociétés hypermodernes est de considérer la difficulté scolaire comme relevant du champ médical. L’article sur le PAP du numéro 2016-4 abordait déjà cette dérive. Gaby Keiser-Weber, psychologue de l’Education nationale s’attache ici « au maniement discursif du diagnostic » et à ses « retombées » dans le champ scolaire. L’auteure partage avec nous son intervention dans le cadre des débats publics organisés par le collectif STOP DSM à l’initiative de Patrick Landman. Force est de constater que les nosographies, les textes officiels de l’Education nationale incluent désormais la difficulté scolaire dans le champ de la maladie ou du handicap. S’en suivent indications de soins, traitements, adaptations…, sans ignorer les fantasmes générés. L’enseignant se retrouve dépossédé de son savoir-faire pédagogique, les parents de leur position éducative, le tout avec une banalisation croissante. Le libre-propos qui conclue ce numéro semble rétablir un peu l’ordre des choses. Il reste indispensable de continuer d’entendre que l’enfant, via son symptôme a quelque chose à dire. Au-delà du soin, des calendriers administratifs qui imposent de tout traiter trop vite, il nous faut prendre soin de l’enfant et de sa parole.

Herman de Vries psychologue spécialisé dans les thérapies comportementales met aussi en garde contre l’usage réducteur du diagnostic et souligne les compétences de clinicien du psychologue y compris dans l’approche comportementale. Elle passe aussi par l’écoute, l’observation (rigoureuse), la mise en sens commune avec le patient, l’évaluation de la thérapie. « Chaque thérapie est une expérimentation à cas unique ». Le thérapeute a recours à des outils spécifiques de recueil et d’analyse des données, prend en compte l’historicité des troubles et « la globalité de l’histoire des apprentissages de la personne. » Des hypothèses s’affinent au fil des séances. On parvient à formaliser comment par exemple une situation a induit une réponse qui a pu se renforcer et s’installer pour finir par devenir problématique.

Le programme présenté par Marie-Rachel Sudan, psychologue, consiste à former des jeunes à la médiation pour aider leurs pairs lors de conflits. La violence verbale et physique en milieu scolaire fait l’objet de travaux qui tentent de la comprendre pour tenter d’y remédier. Des études ont montré l’efficacité de cette approche au niveau du contrôle de soi, du développement de l’empathie et de la diminution de l’agressivité. L’expérience présentée se déroule en République dominicaine et concerne aussi la formation de psychologues scolaires. Les jeunes, âgés de 8 à 22 ans sont formés à la relation d’aide, à la relation d’aide, à la promotion de la santé. Ils s’adressent à d’autres jeunes qui parfois ont perdu confiance dans l’adulte. Les résultats sont finalement peu probants dans ce contexte mais font émerger une discussion édifiante concernant des obstacles matériels, relationnels inattendus.

Pour clôturer ce numéro, en libre-propos, la réflexion de Anne-Marie Bruno Saber, inspectrice de l’education nationale qui sans le savoir fait écho à plusieurs des articles qui précèdent en soulignant l’importance du langage. Elle rétablit la fonction socialisante, civilisatrice du langage (pour de l’infans évoqué plus haut, qui tente de juguler ses pulsions). Elle souligne aussi comment il s’émancipe de soi-même : « L’enfant découvre à l’école que le langage permet une mise à distance qui libère du réel et le rend à la fois supportable, compréhensible et communicable. » Elle rétablit le rôle de l’enseignant dont « l’expertise […] est requise pour aider l’enfant à opérer une décentration, c’est-à-dire à parler, donc mettre à distance ses expériences sur le monde sensible, faire exister les objets absents, user du langage scriptural qui distingue le dire du faire. L’usage du langage oral réflexif conditionne le passage des savoirs de la vie courante aux connaissances, structure et clarifie la pensée, favorise l’émergence de concepts.

Alors non, le langage qui balbutie chez le jeune enfant n’est pas trouble, ni maladie, ni handicap, il est objet d’apprentissage. Il est garant des compétences intellectuelles et sociales qui permettront de grandir en apprenant des autres et avec eux en tenant compte de leurs différences. Il est objet pédagogique pour l’enseignant. Quand il y a symptôme, il y a à écouter, comprendre, pas trop vite soigner, mais prendre le temps, prendre soin.

Bonne lecture !
Le comité de lecture